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Manimal
R-Groove feat Just Cool, Ramss & Def Tribe - Réunion

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Salut à toutes et à tous,

Tout d'abord je tiens à préciser que les lignes qui vont suivre ne constituent en aucun cas une leçon pour quiconque. Ce n'est qu'un témoignage apporter par un acteur du milieu du rap à la Réunion. Loin de moi l'idée de me prendre pour un « grand ». Je ne veux qu'apporter ma petite contribution en tant que témoin d'un mouvement qui, chez nous, trouve ses racines à l'aube des années 90. En tant que rapporteur, je me garderai également de tout jugement de valeur. Mon rôle ne se bornera qu'à restituer les grands événements relatifs au rap péi sous forme de chronologie.

Les débuts du rap à la Réunion sont assez mal connus. Près de 20 ans après l'apparition de ce mode de vie, de cette culture, de cette musique sur nos terres il semble important de commencer à en rappeler les grandes étapes et si possible de les illustrer par quelque élément disponible (documents audio-visuels, photographies, articles de presse etc.).

Ce regard porté de l'intérieur doit, bien entendu, être révisé, relu, critiqué et enfin complété. En effet, l'exposé qui va suivre découle de mon expérience et se trouve donc dénué de toute approche scientifique.
Cette chronologie sera bientôt complétée par des interviews de pionniers du rap à la Réunion. Je mettrai également à disposition des coupures de presse datant de plus d'une dizaine d'années pour certaines. Si d'autres témoins pourraient à leur tour participer et nous apporter leurs lumières ils seront, bien entendu, les bienvenues.

Mille pardons à ceux que j'ai oublié.

Bonne lecture.

# Posté le samedi 07 février 2009 07:58

RUNRAP974

RUNRAP974
Le hip-hop est aujourd'hui une culture ancrée dans notre société et le rap en constitue la composante la plus importante car elle demeure la plus exposée. Les autres disciplines du hip-hop, elles, semblent rester des domaines réservés à un certain nombre d'initiés à la Réunion ; ainsi nous ne les aborderont que sommairement. Aborder l'histoire du rap à la Réunion dans sa totalité relèverait d'un travail quasi-scientifique afin d'en analyser les différents impacts. Cette présentation se voudra donc chronologique et prendra en compte la tranche comprise entre 1989 et 2009 essentiellement pour la zone sud dans un premier temps.

# Posté le samedi 07 février 2009 07:49

Modifié le dimanche 08 février 2009 10:52

1989 - 1996 : PREMIERS PAS D'UN MOUVEMENT STIGMATISE

1989 - 1996 : PREMIERS PAS D’UN MOUVEMENT STIGMATISE
En 1988, alors qu'aux Etats-Unis LL Cool J devient la première superstar du rap et que le groupe Public Enemy sort l'album légendaire « It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back », en France le rap se cherche encore une identité et des leaders. DJ Dee Nasty sur Radio Nova apporte à l'underground français la matière afin que circule les premières cassettes pirates et Lionel D montre aux MC la voie à suivre. A la Réunion quelques privilégiés se souviennent des rares rediffusions de l'émission H.I.P-H.O.P, présenté par Sidney, sur RFO.
Cependant une émission destinée aux jeunes fait son apparition sur cette même télévision locale. Ce programme intitulé « Les Enfants Du Soleil » et présenté par Séverine DIJOUX (aujourd'hui devenue Séverine FERRER et présentatrice sur M6), entre autres, fait la part belle aux jeunes talents de la Réunion que ce soit en danse ou en chant. C'est dans cette émission que l'on voit apparaître les premiers signes d'un mouvement rap réunionnais.

Dans ce programme on retrouve également des groupes de jeunes danseurs parmi lesquels « Les Anges de l'Enfer » ou encore les « Zoulous du Nord » (l'orthographe est différente de celle de Zulu Nation) qui se produisent sur différentes scènes de l'île et qui malgré eux se retrouvent souvent en compétition avec une partie de leur public surtout en discothèque. A l'époque il existe un amalgame entre la danse hip-hop et le rap. Ainsi les danseurs sont appelés rappers et ces derniers, dans leurs réelles fonctions, restent inexistants. Il n'est aussi pas rare de voir des « danseurs de rap » se mouvoir sur de la pop ou de la dance désignées comme de la house music par les néophytes. A Saint-Joseph la discothèque le 974, à Langevin, devient l'un des lieux de rendez-vous de ces « danseurs de rap » ainsi que des jeunes du quartier de la Cayenne comme les frères Béhari, Fontaine et Camilo (la légende retiendra aussi le nom d'un certain Gaz dont j'entendais conter les exploits mais que je n'ai jamais pu rencontrer). Involontairement ces jeunes gens vont contribuer à la diffusion de la culture hip-hop à la Réunion malgré une réelle méconnaissance de ses fondements en organisant dans ces diverses boîtes de nuit et parfois en pleine rue de véritables battles qu'ils appellent communément « la pouss dan' ron ». La discothèque le 974, entre autre, devient dès lors un véritable lieu d'expérimentation notamment pour les DJ dont un certain DJ l'Ile Djill qui deviendra plus tard le DJ de R-Groove puis coach de Deejaying sur DVD.

Au début des années 90 les choses commencent à bouger sur le plan national. Un groupe de rap belge, appelé Benny B (du nom du leader de la formation) signe un énorme succès en France avec le titre « Mais vous êtes fous ? ». Les jeunes Réunionnais sont touchés de plein fouet et il n'est pas rare de voir s'échanger dans les cours des collèges des cassettes vidéo de Benny B chez Jean-Pierre Foucault (Sacrée Soirée) ou encore au Club Dorothée, enregistrées la veille au moyen du magnétoscope familial. A la Réunion, les pas des jeunes artistes belges sont copiés davantage que leurs rimes et une rumeur concernant leur mort dans un accident d'auto provoquera des remous jusque chez nous.

A propos de Benny B, Sergio GRONDIN raconte : « on était devant chez moi, à Saint-Joseph, pendant un soir de vacances. On était en train d'écouter Benny B quand une fille, une zoreil, est arrivée de je ne sais où et nous a dit qu'on écoutait de la merde. Elle a sorti une cassette de Public Enemy... qu'elle nous a laissé d'ailleurs. On est devenu complètement dingue ! »

Le nom est lâché... Public Enemy. L'un des groupes les plus importants de l'histoire mondiale du rap. La claque est énorme et quelques initiés vont se mettre alors à chercher les perles sonores. Leur salut viendra souvent des jeunes rentrant d'un séjour de France (service militaire, vacances, études etc.). Des cassettes audio avec des groupes comme Suprême NTM, IAM, Assassin, MC Solaar touchent enfin les rivages de notre île. Les plus chanceux obtiennent des enregistrements sur cassette vidéo de l'émission télé d'Olivier CACHIN diffusé sur M6, Rapline. Cependant pour la grande majorité le rap est toujours considéré comme une danse et leurs idoles continuent d'être des chanteurs de pop ou de dance.

Un jeune humoriste, poussé par Gora Patel et un certain René-Paul Victoria, jouera alors un rôle majeur dans la diffusion du rap à la Réunion. Son nom ? Thierry JARDINOT. Sur sa cassette vidéo « Wex » il est le premier à pondre un titre rap 100% Réunion avec un instrumental mais aussi un texte entièrement écrit en créole. Le titre de la chanson, « Kél Trin ? », est repris dans toutes les cours d'école avec les fameuses répliques comme « rappe la vieille, té lours, lintérésan » ou encore « gatér ». Au-delà de l'intention de faire rire le titre se révèle sacrément efficace avec en fond une critique de la vie politique locale et une revendication d'une certaine fierté réunionnaise. Mieux ! Un clip en est extrait avec la participation des Feeling Star pour la partie danse. JARDINOT devient, malgré lui, un personnage clé de l'histoire du rap local. A l'époque, il est alors fréquent de voir parents et enfants scander les couplets de « Kel Trin ? ».
Autrefois jugée comme une musique de drogués ou de voyous, le rap devient tout à coup sympathique pour le grand public réunionnais. Mêmes dans les fêtes de fin d'année scolaire, des show de « danseurs de rap » apparaissent.
Fin d'année 1991, Antenne Réunion diffuse sur sa chaîne La Nuit Du Rap, un concert regroupant trois têtes d'affiche de l'époque ; Benny B, MC Solaar et (surprise) Afrika Bambaataa le père fondateur de la Zulu Nation. L'événement sera un véritable succès et l'un des tous premiers rassemblements massifs de B-boys et d'amateurs de rap sur notre île.
C'est aussi pendant cette même année que Suprême NTM rappe « Le Monde de Demain » quand les émeutes du Chaudron éclatent.

Dans le sud, c'est à Saint-Pierre que se forme une scène underground notamment avec les JDM (Jeunes du Mouvement) autour desquels gravitent Kenil, Djouko (R.I.P), Djeki, Slogane, Skual (Sergio GRONDIN), Brother X (le X pour Experimented Posse) ou encore R-Groove. Tout ce beau monde se rassemble dans un seul et unique repaire surnommé « Le Squat ». Ainsi le posse de Saint-Pierre reçoit parfois la visite de ceux du nord ; c'est peut-être de là que la connexion entre R-Groove, Just Cool, Ramss et Def-Tribe voit le jour. Cette fameuse combinaison donnera naissance au titre « Réunion » et « Pas de juste milieu » sur l'album de R-Groove intitulé « Elément Terre » (1). Cet album sorti au tout début de l'année 1993 fait alors office d'ovni dans le paysage musical réunionnais alors que l'île vient d'être secouée par des artistes d'une nouvelle génération (Baster, Oussanousava, Na essayé, Progression etc.). Cette production Discorama arrive avec une avance indéniable... trop d'avance même ! Le nombre d'amateurs de rap, à l'époque, reste quand même restreint et peu enclin à se tourner vers un rap fabriqué chez lui. Pourtant R-Groove est diffusé sur certaines radios, notamment 102FM qui finance en partie le CD, et pendant la mire qui précède le début des programmes télévisés sur RFO. Mais cela restera insuffisant et « Elément Terre » demeurera dans la confidentialité la plus totale.

Tandis que le Wu-Tang Clan s'impose aux Etats-Unis et que le Suprême NTM créé l'événement en France avec son titre « J'appuie sur la gâchette », à la Réunion, le salut du rap vient en partie d'un groupe issu de la cité phocéenne, Marseille. Alors que les radios locales martèlent les ondes de dance et de pop (Ice MC, 2Unlimited, Culture Vain, Ace Of Base, Dr Alban etc.), « Le Mia » d'IAM permettra au rap de garder des couleurs à la Réunion. Beaucoup vont donc découvrir l'efficacité de la musique du groupe marseillais. Des groupes de rap réunionnais font leur apparition durant cette période mais reste dans l'ombre.
L'un d'entre eux, aux fortes influences ragga, sort son épingle du jeu en pondant un album contenant près d'une vingtaine de titres et intitulé « Na 7 I M » (2) ; Ragga Force Filament est un groupe de quatre jeunes Portois présentant à l'évidence un sacré potentiel. Leur disque est un mix de plusieurs influences. Au programme des loops de reggae-ragga, des samples de gros beats hip-hop, de séga (notamment Luc DONAT) et d'humoristes réunionnais. L'½uvre abouti de DJ Lokal, DJ Pat, Jako Maron et Lord Jamblon présente de nombreuses qualités mais paraît hyper avant-gardiste comme celle de R-Groove. Ainsi aucun hit radio ne vient agrémenter cette galette qui elle aussi finit, malheureusement, dans l'oubli.


La période comprise entre les années 1989 et 1996 bien que pauvre en projets concrets restent tout de même riche de connaissances et d'expériences pour les B-boys réunionnais. A l'aube des années 90, le rap fait son entrée sur notre île par des réseaux quasi-souterrains. La danse hip-hop, qualifiée péjorativement de danse de zoulou ou de voyous par les plus âgés, est tout d'abord assimilée au rap. La Nuit Du Rap en 1991 ainsi que l'album de R-Groove en 1993 viendront modifier la donne. Le rap continue ensuite de rayonner chez nous grâce aux succès commerciaux de certaines formations françaises. En 1996 le groupe Ragga Force Filament avec son album vient illustrer l'esprit créatif qui sommeille alors dans l'île. Tout ceci annonce l'essor d'un mouvement appelé à se développer.

# Posté le samedi 07 février 2009 07:40

Modifié le mercredi 11 février 2009 23:54

1996 - 2003 : UNE SCENE EN MAL DE RECONNAISSANCE

1996 - 2003 : UNE SCENE EN MAL DE RECONNAISSANCE
La musique rap fait son chemin à la Réunion et une scène se dessine petit à petit au fil des ans mais c'est dès 1996 que le phénomène devient réellement visible.

En septembre 1996 Johnny HOSPITAL et Adelin mettent sur pieds le premier grand concours hip-hop jamais vu sur l'île, le Rap & Funk Festival (RFF). Le concours se déroule en deux parties ; une première partie se tient en septembre et vise alors une sélection de six formations rap qui s'affronteront dans un second temps lors de la grande finale en octobre. Alors que l'organisation n'attend qu'une dizaine d'inscriptions, près d'une trentaine de formations se présentent aux présélections qui ont lieu dans la capitale à l'Opéra Night Café. Dans la salle se trouvent les futurs acteurs importants du milieu et d'autres voués à disparaître. Les présélections se déroulent dans une bonne ambiance.
Durant l'entracte, un groupe étrange et hors compétition se produit sur la scène de l'Opéra Night Café... Elise et les Cocotiers Bleus. Médusé, le public (composé de jeunes fans de rap pur et dur) assiste pantois à la prestation d'Elise et de ses musiciens. Quelques railleries traversent la salle. Pourtant, malgré ses influences rock, Elise Rappe certains de ses textes et n'en délaisse pas moins le funk dans ses compositions. Son apparition sur la compilation « Best Of Rock » (3) en 1991 témoigne bien de la première apparition du rap sur disque à la Réunion avant l'avènement de R-Groove mais tout de même dans un registre sensiblement différent, concernant surtout l'orientation des textes.
Au terme de ces présélections, six groupes au talent indéniable sont sélectionnés ; Save Our Soul (SOS), Izana, Cool Energie, Tam Tam Des Cools, Caniars Eduqués Dans la Cour (CEDC) et Brother X.

C'est au mois d'octobre à l'Opéra Bastille de Saint-Gilles et devant les yeux de pointures nationales (Fabe, Koma, DJ Dee Nasty, DJ Cut Killer et DJ Abdel) que se déroule la grande finale du concours initié par HOSPITAL et Adelin. Les six formations alors sélectionnées effectuent chacune une prestation sans faute. Le jury consacre CEDC grand vainqueur pour sa prestation aux accents rap et ragga.

"Je ne sais pas pourquoi, mais je garderai toujours en mémoire cette image de Renlo, se tenant juste à côté de moi, les yeux fermés et les poings serrés sur le front pendant l'annonce des résultats comme s'il portait les espoirs d'un groupe, d'un quartier mais aussi de toute une jeunesse (ndr)."

Après l'annonce de la victoire du groupe du Chaudron, les DJ et rappers français présents offrent une prestation plus qu'honorable. Toute la salle est debout. La soirée prend fin à l'extérieur de la boîte avec l'orchestre jazzy-funk de Ceux qui Marchent Debout (c'est le nom du groupe) accompagné de quelques rappers locaux dont Sektion 480, Atep ou encore Eko pour un freestyle d'anthologie. La quasi-totalité des clients de la boîte de nuit se retrouveront d'ailleurs ensuite sur le trottoir pour profiter de ce spectacle insolite. Les vainqueurs du concours de graffiti quant à eux sont deux jeunes Saint-Joséphois, Loko et Sergio GRONDIN qui fait aussi parti du groupe de rap Sektion 480.

Suite à ce concours les groupes finalistes, excepté Izana et Brother X, se voient offrir la possibilité d'enregistrer deux titres pour une compilation au studio Oasis. Celle-ci est sobrement intitulée « Run Rap » (4). Cette galette est donc la première compilation de rap-ragga réunionnaise et sort avec quelques mois de retard en 1997.
Le RFF connaît deux suites. La seconde édition en 1997 avec la victoire d'Atepelaz (ex-SOS) face à East Coast Family (groupe de Benjam), Flagrant Délit, Sektion 480 et Ti Mango. Cette fois plus de compilation à la clé mais la seconde place du concours, East Coast Family, est récupérée et remodelée par Johnny HOSPITAL pour devenir Hi-Motion. L'ultime édition du RFF en 1998, elle, tombe quasiment dans l'oubli.

Parallèlement, les médias écrits s'intéressent de plus en plus au milieu hip-hop. Des articles sur le phénomène apparaissent et même si la part belle est faite aux clichés, les acteurs du mouvement sont quand même sollicités afin d'apporter leur témoignage. RFO Télé s'y met également et deux émissions sont tournées. Les invités sont principalement les représentants du nord dont CEDC, Konix, Eko, SOS etc.

C'est dans cette période qu'on note un resserrement des liens entre le sud et le nord. Ainsi il est possible de croiser à Saint-Denis les rappers saint-joséphois de Sektion 480 avec ceux de CEDC (James et Renlo), PCX, Eko (5) ou Konix. Début 1998, Sektion 480 sont les invités de la première émission radio hip-hop de l'île qui (si je ne me trompe pas ndr) se nomme déjà Salfé. La particularité de ce groupe est surtout de présenter des maquettes de qualité semi-professionnelle et enregistrées à leur domicile grâce à l'apparition de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) et du home-studio. Sektion 480 reçoit régulièrement la visite d'autres membres du milieu hip-hop qui viennent se rendre compte de leur travail et s'évertue à graver des CD de façon artisanale afin de les revendre à un prix modeste.

L'émission radio Salfé sur RFO, elle, présentée par les pionniers Eko et Dyfré fait la part belle au hip-hop local et à ses représentants. Rodee Cox fait son apparition dans la foulée et reprend ensuite les rênes de l'émission avec Dyfré.
Propagande Underground (avec Dyfré entre autre) sort une mix-tape autoproduite, « Effet secondaire » qui regroupe la crème de l'époque en matière de rap. Mais les instigateurs de ce projet doivent très vite le retirer du circuit underground suite à des démêlés avec la SACEM. Une déception quand on connaît le niveau de certains artistes comme Arom, par exemple, qui méritait d'être connu et reconnu par le plus grand nombre.
Toujours en 1998, un grand show hip-hop est organisé au mois de juillet à la grotte des premiers français de Saint-Paul. L'initiative vient de l'association Cool Energie qui réussit à réunir sur la place près de 2000 personnes. Un véritable tour de force pour l'époque. C'est lors de cette soirée que se produira pour la dernière fois le groupe saint-pierrois Brother X. Le mouvement gagne donc en autonomie car ses acteurs se prennent en main afin de mettre sur pieds ce type de manifestations à l'instar de celles qu'organisera au début des années 2000 l'association Le Majeur (avec notamment Rodee Cox et BBC) à Sainte-Anne.
L'élection de Miss Réunion, pendant ce même mois de juillet, est marquée par la prestation d'un groupe de rap nommé Profil Bas. Les deux rappers de la formation Loko et Ti Mango (désormais connu sous le pseudo Oxid) choisissent de ne pas caresser le comité Miss Réunion ainsi que le public dans le sens du poil en offrant un titre aux contours sombres et hardcore.

En 1999, Eko sort le premier single de rap réunionnais, « Savates Et Caleçon ». A l'époque, le single est à gagner sur... NRJ Réunion. Eko est aussi un des membres imminents, avec Konix, du crew mythique de graffers, LSA.
Dans la même année, un des groupes de la grande fédération d'associations MLK, Fiktif, arrive à placer deux titres sur une compilation nommée « Plus Au Sud » (6). Depuis Run Rap, en effet, aucun groupe n'a placé de titre sur une sortie officielle. Les membres de MLK apparaissent comme les fervents défenseurs d'un hip-hop authentique et vidé de tous ses clichés. Les actions de cette association sont innombrables et les talents qu'elle aide à faire émerger le sont tout autant (Méo, Don J, Alex, Manimal etc.). Cette énorme crew restera sans nul doute dans les annales du rap réunionnais tant son influence fut énorme, surtout dans le sud, pendant ses plus brillantes années. L'association subsiste aujourd'hui malgré la dispersion de certains de ses membres.
En septembre, événement au sein de la communauté rap. Les deux animateurs radio fétiches du milieu, Rodee Cox et Dyfré, font la une du magazine Star Top TV. Les deux compères n'apprécient pas les vêtements imposés par le magazine pour la séance photo, mais au moins le rap est à l'honneur pour la première fois à la réunion et deux de ses dignes représentants font un rapide balayage du milieu sans oublier de citer les collègues.

En 2000, le Pôle Régional des Musiques Actuelles (PRMA) publie une compilation de plusieurs titres de différentes formations de l'île. Le ton est donné à travers cette compilation « Groove » (7) où l'on peut retrouver un « schéma » de ce qu'est le rap réunionnais de l'époque. Sur le CD, 9 titres sont disponibles et sur ces 9 titres on dénombre huit formations de Saint-Denis (Lady Sandy, Renlo, KNC, Seido K, Doskwad, Atepelaz, CEDC et Armada) et une de Saint-Joseph (Sektion 480). Le titre de CEDC rencontre un franc succès. Nous avons là néanmoins une bonne compil qui dresse un assez bel état des lieux avec des groupes qui ont aujourd'hui disparu pour certains ou qui forment à présent le Kréol Staya (KS).

Après Salfé et Ça Se Passe sur 102 FM, l'émission Le Squat présentée par Lord Shabbaz et D.Kwan sur RZ FM à Saint-Joseph fait son apparition.

Pendant le mois d'août un festival hip-hop est organisé à Grand-Bois. Un duo légèrement en avance sur son temps va alors s'y produire. Les deux lascars répondent au nom de ShËnoz & Gyfro. Flow précis, textes ravageurs, beat lourds... du 100% hip-hop comme on n'en n'a jamais vu à la Réunion. De plus, le tandem est accompagné d'un certain DJ Dan. Gyfro faisait quant à lui parti de La P-Nombre qui avait déjà révolutionné à sa manière le rap local même si le groupe était passé quasiment inapreçu. Rodee Cox et Dyfré, eux, ne s'étaient pas trompés en diffusant un de leurs titres, La Cage (8). ShËnoz & Gyfro avec l'aide de DJ Real Cee sortent plus tard une mix-tape, « Micro-organique » (9) où l'on peut retrouver entre autre, Arom, Déméthane, AS Clan etc.
Le mois suivant le duo Atepélaz (ex-SOS) sort son premier disque officiel, « Réunionnais Et Fier De L'être », chez Discorama. 7 ans après R-Groove, Atepélaz est le second groupe de rap local à sortir un disque par les voies officielles. Le CD notamment produit par Propagande Underground contient 5 titres écrits en créole pour la plupart. La qualité de son est optimale ; l'enregistrement se déroule à Digital Studio tandis que le mastering et le mixage sont confiés à des studios parisiens. Atepelaz préfigure la vague discographique qui va déferler sur la Réunion en matière de rap. Les sorties vont dorénavant se succéder au fil des ans.
Toujours en 2000, le premier rapper réunionnais à collaborer avec une figure de la musique locale, Ti-Fock, est Nyxthanatos dans le titre nommé 20 Désanm (10) sur le maxi Ganidan trois ans avant MLK et Thierry GAULIRIS sur le maxi Mon Lanvi (11).
Dans le sud les fiers représentants de la nouvelle école sont Saint-Pierre Clik avec à sa tête Don Smokilla tandis qu'à Saint-Joseph le talentueux groupe Menace Verbale (12) commence à faire parler de lui.

Malgré un bouillonnement de la scène rap locale, le grand public réunionnais a quand même du mal à adhérer. Le mouvement est encore jeune et ses acteurs en quête d'une formule. Les scènes sont boudées sauf pour les grandes occasions (concerts des groupes français et leurs premières parties ou grandes manifestations) et les ventes de CD ne décollent guère.
En 2001, un groupe venu du Port va prouver que le succès est possible à la Réunion en faisant du rap. Kunzo, shinjoh, Malcom k et Démo forment le groupe K-Libre 420 au sein de l'association Move Action qui fédère plusieurs jeunes talents portois. Ces quatre garçons sont à l'opposé de l'image que la population se fait des jeunes de la ville du Port. Ils nous livrent donc un maxi, intitulé « Représente... » (13), flanqué de quatre titres dont l'un va faire le bonheur du public, « L'enfer ». Le rap réunionnais fait alors un premier pas dans les kaz grâce aux jeunes qui s'emparent du titre, entonnent les couplets et le refrain sur les dancefloor. Les membres de K-Libre 420 deviennent alors des petites stars et attirent même un public féminin jusqu'alors quasi-absent des événements hip-hop.
Pendant ce temps, Mary-T, la jeune s½ur de Rodee Cox fait la une du magazine Télé Zapp.

En 2002 un ovni télévisuel fait son apparition sur Antenne Réunion. Son nom ? Hip-Hop Family. Aux commandes un trio qui fait la une de Visu en octobre 2002 ; Konix, Roko et Dékapit J. Cependant, les trois compères n'apparaissent jamais à l'écran et une voix off annonce les rubriques dans un déluge de son et d'images. La claque est rude pour le monde de l'audiovisuel réunionnais et l'émission fait mouche, y compris dans le milieu hip-hop. Graf, rap, danse... chacun y trouve son compte. Près de 13 ans après les Enfants du Soleil de Séverine FERRER, Konix et sa bande mettent dans la lumière des jeunes talents d'ici.

En février 2003, la grande association hip-hop du Tampon, MLK, créé l'événement en publiant le premier magazine hip-hop gratuit et tout en couleur intitulé « Orseck - L'actu du moovman hip-hop 974 ». La mise en page du magazine (assurée par Méo) est alors remarquable avec des articles sur chaque discipline du hip-hop à la Réunion mais aussi des interview d'artistes internationaux comme Positive Black Soul du Sénégal de passage dans notre région. Initiative très innovante donc mais qui ne sera malheureusement pas renouvelée.

Dans la seconde moitié de l'année 2004, l'émission télé hip-hop Run Vibes fait son apparition sur RFO. Cette émission qui ne semble pas du même calibre que Hip-Hop Family n'en demeure pas moins quotidienne. Run Vibes se révèle alors comme le prolongement télévisuelle de Salfé, l'émission radio hip-hop également présentée par Rodee Cox qui fait coexister artistes confirmés et amateurs. Le principe est sensiblement identique pour Run Vibes et c'est ainsi que le mythique Salfé prend fin au cours de l'année 2005.

Dès 1996, le rap cesse d'être une pratique confidentielle à la Réunion. La première édition du RFF permet aux médias et au public de s'en rendre compte. L'apparition des home-studio autorise une diffusion à petite échelle de certains artistes tandis que d'autres optent pour les voies classiques et officielles. Pourtant le milieu peine à rencontrer un véritable succès même après celui de K-Libre 420. Les magazines locaux offrent enfin aux personnalités du milieu leur une à l'instar de l'équipe de Hip-Hop Family qui préfigure de l'arrivée de Futurcrew et de la diffusion du rap péi à grande échelle dans les foyers réunionnais.

# Posté le samedi 07 février 2009 07:13

Modifié le mardi 17 février 2009 16:41

2003 - 2009 : DU RAP DANS LES KAZ

2003 - 2009 : DU RAP DANS LES KAZ
Nous l'avons vu, les sept années qui viennent de s'écouler ont été riches en événements. Les sorties CD se sont multipliées, les groupes locaux se sont fédérés en association et leurs apparitions en première partie des groupes nationaux les aide à se forger une petite renommée dans le milieu.

Dans le grand concert hip-hop local, une radio se détache des autres en axant sa politique vers la diffusion en masse de la musique hip-hop sur ses ondes. Velly Music est une radio associative de Trois-Bassins qui trouve un nouvel élan dans le hip-hop et sa promotion. Bien sûr des titres américains et français sont diffusés mais les rappers réunionnais ne sont pas oubliés.
Ainsi un grand rassemblement est organisé dans les locaux de l'unique radio hip-hop de la Réunion dans la première moitié de l'année 2003. De nombreuses formations sont alors présentes dont un groupe de R'n'B composés des deux seules femmes de la soirée, No 13. Il y a aussi ShËnoz, Kréol Staya, K-Libre 420, Sektion 480 etc. un groupe est attendu car il est au centre de l'actualité. Futurcrew formé par les trois collègues de l'émission télé Hip-Hop Family ; Konix, Roko et Dékapit J. Futurcrew a donc sorti son premier album voilà quelques semaines, « The Nephilims ». Les clips qui en sont extraits font parler du groupe et les regards se portent vers eux ainsi que les plus vives critiques. Pour répondre aux détracteurs, le trio cogite le titre qui les propulse sur le devant de la scène, « Kabo Magik », et qui est interprété pour la première fois sur Velly Music. C'est après que le titre soit joué sur Exo FM et largement chroniqué par le JIR et Le Quotidien que le public va s'en saisir et imposer Futurcrew comme le groupe phare du rap réunionnais. Pourtant leur ½uvre reste très critiquée surtout par le milieu du rap qui lance les hostilités. Futurcrew répond alors à chaque fois avec beaucoup de malignité. Le groupe ne s'impose aucune limite et leur place de leaders semble continuellement contestée. Leurs clips s'enchaînent à une vitesse folle et sont d'une qualité exceptionnelle ; le travail fourni est donc considérable. Quelques mois après « Kabo magik », le groupe sort son second disque, « Pornoël », un bootleg qui fait de nouveau un carton. En novembre 2003, il frappe un grand coup en paraissant en seconde page du magazine national et aujourd'hui disparu, Radikal. Futurcrew continue donc son chemin malgré les nombreux obstacles qu'il rencontre jusqu'à faire la une de Visu en avril 2005 après sa signature chez Universal. Le groupe se retrouve néanmoins amputé d'un membre en la personne de Dékapit quand celui-ci décide de se consacrer entièrement à l'audio-visuel en 2008.

En juin 2005, Atep, ex membre de SOS et d'Atepélaz, fait la une de Star Top TV. Le rapper qui a connu un succès phénoménal après la diffusion de son titre « La La La » extrait de son premier album solo « Seul Contre Tous », est en contrat avec une major du disque. Atep réussit donc à toucher le grand public après plus de 15 ans à militer pour le rap à la Réunion. Il prête ensuite sa voix dans le cadre de la campagne de lutte contre le Chykungunya à travers le titre « Blok le chik ». Une action citoyenne qui lui vaudra quelques critiques du milieu, bien entendu. Il reste cependant un artiste hip-hop réunionnais d'une longévité inégalée et imperturbable.

Février 2006, le rapper dionysien Dee-K fait la une de Star Top TV à son tour. Son clip « Hé! Ho! » extrait de son second album « La Voix Du Peuple Réunionnais » obtient une diffusion sur Trace TV. L'événement est notable et Dee-K en profite pour relancer la promotion de son CD.
En 2007 ce sera au tour du groupe Anarchistes venu de Saint-Pierre de créer l'événement en apparaissant également sur Trace TV avec leur titre "Trop De Larmes".

Samedi 6 janvier 2007. Le JIR titre « CD marron au Port : la police porte plainte - Le rap ki nik la BAC ». Un titre circule en effet depuis plusieurs jours sur internet et les téléphones portables. Celui-ci met en garde les forces de polices de la ville du Port contre un ras-le-bol des jeunes de la cité en proie à leur attitude provocatrice. Le titre de la chanson « Fait bour la BAC » est évocateur et montre bien l'existence d'un malaise entre la Brigade Anti-Criminalité du Port et une part de la population portoise. Plusieurs points intriguent dans cette affaire. D'une part, on relève de nouveau l'attirance des médias envers le rap pour son côté subversif. Les chaînes de télévision locales vont suivre l'affaire de très près, le JIR va même jusqu'à publier le texte de la chanson dans ses colonnes. D'autre part, les mesures prises par la justice afin d'intercepter les auteurs de la chanson semblent disproportionnées. Thierry FLAHAUT, responsable du SGP/FO soutient que les rappers concernés incitent à l'émeute et demande une réaction rapide de l'administration. Une assemblée se tient même à la préfecture en présence du commissaire central, François PERRAULT. Les citoyens du Port apportent leur soutien aux rappers, qualifiés de pseudo-artistes par les syndicalistes. Peut-être dépassé et esseulé, Achem, le jeune Portois auteur du titre en est réduit à faire son mea culpa devant les caméras de télévision à visage caché. Le milieu de la musique, lui, reste étonnamment muet lors de cette affaire remettant en cause la liberté d'expression.

Entre 2007 et 2009, un personnage fait parler de lui. Ses talents de compositeur lui offrent un rayonnement inégalé à travers toute l'île et installe sa crédibilité à l'intérieur même du mouvement rap local. SopraSound côtoie le rap depuis de très nombreuses années et ses productions se distinguent très nettement dans la masse des instrus estampillés 974. De nombreux groupes font appel à ses services et c'est ainsi qu'une connexion se créée à travers toutes les communes de l'île. Après une période marquée par les clash, les divers groupes convergents vers le studio SopraSound sont amenés à se fréquenter et à créer des liens. Plus qu'un producteur, SopraSound apparaît alors comme une figure centrale du milieu malgré son extrême discrétion. Il devient le premier producteur rap connu et reconnu à la Réunion en tant que tel. En 2008, il envisage la sortie de son premier disque sous la forme d'une compilation regroupant les figures de proue de son label, Tropikal Recordz, fondé avec son jeune cousin Kiro qui représente également le futur de la prod hip-hop à la Réunion.


Dès 2003 Saint-Denis devient le véritable centre du rap réunionnais après l'explosion de Futurcew et d'Atep (et dans un autre registre du KS). Dee-K et Anarchistes sont diffusés sur une chaîne du satellite, Trace TV. L'affaire du « rap de la BAC » prouve une nouvelle fois que le rap peut faire office d'indicateur social. Véritablement les jeunes se tournent désormais vers le rap local qui enfin s'infiltre dans les logis réunionnais. Les clash font aussi leur grande apparition mais dès 2007 on note un net essoufflement du genre notamment avec l'influence d'un producteur comme SopraSound qui arrive à fédérer autour de lui, une bonne partie du milieu du rap. Notons tout de même l'apparition d'un dérivé du rap chez nous, le slam... un mouvement présenté dans le déjà regretté fanzine hip-hop, BIG UP (N°1, décembre 2007 / janvier 2008).

# Posté le samedi 07 février 2009 07:02

Modifié le mercredi 11 février 2009 08:16